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Les nouvelles règles du jeu

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Cie Jeanne Simone - © Corina Airinei

Elections inattendues de Donald Trump et d'Emmanuel Macron, Brexit… L'actualité politique paraît de plus en plus difficile à lire. Que proposent les artistes ? Une participation accrue. Et une redéfinition du collectif, passant le cas échéant par un changement d'échelle. A tout le moins, un nouveau paradigme.

Un jeune président qui rebat les cartes en pratiquant l'art de la transgression. Une première ministre qui prône un brutal changement d'alliances et se fait prendre à son propre jeu. Un vieux président qui semble méconnaître les règles les plus élémentaires… En version accélérée, le monde politique s'adonne à une redéfinition des règles du jeu démocratique. L'exemple venu d'en haut interroge quant au simple exercice électoral. Et pimente la lecture d'Henry David Thoreau : "Tout processus de vote est une forme de jeu, comme les dames ou le backgammon, relevé d'un soupçon de morale" (La Désobéissance civile, 1849).

"La vie ordinaire peut être définie comme le jeu des normes dans le commun des existences. L'expérience cruciale […] est alors le jeu." Laure Terrier - cie Jeanne Simone

Comment garder envie de jouer quand les règles apparaissent à ce point peu définies ? Le metteur en scène catalan Roger Bernat a ouvert une voie à la participation du spectateur, appelé à prendre son spectacle en main, dans "Pendiente de voto" (2011). La démarche ne vise pas tant à éliminer un candidat ou une option, comme dans la TV-réalité et tous les spectacles qui s'en inspirent, qu'à construire, ensemble, un espace de débat. Sans participation active du spectateur, pas de représentation… Et l'outil informatique n'apparaît ici que comme une modalité contingente. Pas de télécommande, dans "Numax-Fagor-Plus", du même Roger Bernat, mais une action fondée sur le volontariat et le jeu de rôle, sans laquelle le spectacle ne se fait tout simplement pas. Un engagement poussé jusqu'à des formes quasi thérapeutiques.

S'interrogeant lui aussi sur l'exclusion sociale et sur la perte de langage qui en résulte, le philosophe Guillaume Le Blanc écrivait il y a dix ans déjà : "La vie ordinaire peut être définie comme le jeu des normes dans le commun des existences. L'expérience cruciale […] est alors le jeu." (Vies ordinaires, vies précaires", Le Seuil, 2007) Le jeu dans les normes, c'est ce qu'expérimentent les chorégraphes Laure Terrier (Compagnie Jeanne Simone) et Benjamin Vandewalle frottés au rude univers de la rue, dans un subtil assemblage d'improvisation et d'écriture gestuelle, qui pose cependant un cadre physique à l'intervention du public. Du sujet politique à la masse, il y a un pas que franchit pour sa part Anna Rispoli qui entend faire de ce tout l'objet même de son écriture, en considérant chaque participant comme "simple" un pixel sur un écran de 7 pouces ("Mass Choreography").

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Cie Jeanne Simone

La majorité des projets pilotes* retenus dans le cadre du projet ACT interrogent directement la démocratie. Mais comment aller au-delà de la simple symbolique ? Nous reviendrons sur la participation financière demandée par la compagnie Kaleider aussi bien dans "The Money" (2013) que de son projet "PIG", matérialisant une tirelire géante… Une nouvelle façon d'encourager la participation active du spectateur ; et de réveiller - en l'attaquant au porte-monnaie - l'homme moderne, caractérisé, selon Thoreau, par son "manque manifeste d'intelligence et d'indépendance joyeuse" ?

* Projets de recherche-action sur quatre ans portés par l’ensemble des partenaires de la plateforme IN SITU.