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Un voyage extraordinaire

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Cie G. Bistaki - Cooperatzia © Espnschei

In Hull, recently voted the “least romantic city in England”, Freedom Festival celebrated the 210th anniversary of the abolition of slavery in the British Empire. It strikes an appropriate political tone, in the wake of recent racist incidents and discourse in Charlottesville, Virginia. Thought-provoking debates and shows combined with lighter entertainment, which were also steeped in the city’s history.

Un homme d'âge mûr, livré au bon vouloir de petits personnages, qui le ligotent et lui tirent les cheveux… Gulliver à Lilliput ? Non, un simple spectateur, bénévole pour l'ébouriffante proposition de Darren O'Donnell (Canada), «Haircuts by Children». Une expérience de lâcher-prise qui nous en rappelle une autre, vécue il y a quelques années au Fringe d'Edimbourg, mais poussée un cran plus loin ; car en Ecosse, le coiffeur était irlandais, et adulte. On franchit le pas, et nous voilà confié aux bons soins de Tilly, 10 ans. «On peut appeler ça un spectacle, ou bien une pratique sociale, confie Tina, membre du Mammalian Diving Reflex. C'est aussi une façon de confier le pouvoir aux enfants, qui ne l'ont jamais.»

«On peut appeler ça un spectacle, ou bien une pratique sociale. C'est aussi une façon de confier le pouvoir aux enfants, qui ne l'ont jamais.» Tina, membre du Mammalian Diving Reflex

Propulsée capitale britannique de la culture 2017 (après Derry/Londonderry en 2013)1, Hull célèbre son grand homme : William Wilberforce (1759-1833), député au Parlement de Londres, ayant contribué à l'abolition de l'esclavage en 1807. Une pratique pourtant longtemps considérée comme légitime, si l'on relit le grand «utopiste», Thomas More (1516), qui cautionne la servitude, du moins à des fins punitives.

D'enfermement, et de servage, il est aussi question dans les voyages de Gulliver (1726), notamment au pays des géant (Brobdingnag)… Mais il faut se faire une raison : dans l'Angleterre des temps modernes, c'est la morale, plus efficacement que la satire, qui contribue à l'évolution du droit. Deux siècles après cette abolition, plusieurs thèmes majeurs sont à l'honneur du 10e Freedom Festival : l'identité, la connaissance, la démocratie, la responsabilité… Sous la tente des débats (Speak Out Tent), ce sont des représentants du mouvement Black Lives Matter qui prennent la parole. Un rendez-vous bienvenu, trois semaines après les manifestations et le crime raciste de Charlottesville, en Virginie. «La liberté et la contestation sont au cœur du festival cette année, constate Mikey Martins, directeur artistique de la manifestation. Les gens ont envie de débattre, et d'apprendre… Il faut voir la qualité des questions posées par de très jeunes spectateurs à l'ancien secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan.»

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Mammalian Diving Reflex - Haircut by Children © John Lauener

La question de la révolution apparaît également comme un thème sous-jacent du festival. Scéniquement, cela se traduit par un mur à abattre, un grillage (compagnie Dyptik) ou encore une barricade composée de tables et de bancs dont se retrouvent privés les spectateurs, dans la production canado-ukrainienne de Mark et Marichka Marczyk, «Counting Sheep Revolution», rappelant les tragiques événements de la place Maidan en février 2014. Retentissant, cet opéra folk démarre par un banquet, prévoit une cuisine ambulante (auprès de laquelle les spectateurs/acteurs de la manifestation sont appelés à venir se restaurer) et brasse tant d'enjeux qu'il conviendra d'y revenir…

Face au chapiteau ukrainien, un autre banquet s'installe : le Freedom Feastival (de «feast» : festoyer, faire bombance), alimenté bénévolement par un an de récoltes issues de divers jardins partagés. «C'est sur un moment comme celui-là que j'ai envie de conclure le festival, confie Mikey Martins. Et non pas sur un feu d'artifice. Mon rêve serait d'installer des tables dans toute la ville, depuis les jardins jusqu'aux docks.» Ainsi va le Freedom Festival, festival populaire, ancré dans une réalité sociale et porté par un thème universel : le combat pour la liberté. En 1516, Thomas More, en politique avisé, ne disait pas autre chose : «La gent d'Utopie est facile, récréative, industrieuse et aimant le repos, toutefois assez travailleuse corporellement quand il est besoin, autrement non.»

 

1. Inspiré par le succès de Liverpool capitale européenne de la culture 2007, ce processus est assorti d'une dotation de 3 millions de livres sterling du Heritage Lottery Fund. Une short list est à l'étude, d'où sortira le nom de la capitale britannique pour 2021. Elle comprend les noms de Swansea (pays de Galles), Paisley (Ecosse), Coventry, Sunderland, Stoke-on-Trent… Cette dernière ville ayant été qualifiée par la presse de «capitale britannique du Brexit», en raison du résultat du vote de 2016.